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Une histoire d'accent

Une histoire d'accent

24 Février 2026

Avez-vous déjà eu honte de votre accent ? Au point de le masquer volontairement ?

“Oh vous avez un accent, vous venez d’où ?”

Je ne compte plus le nombre de fois où la question m’a été posée pendant mes études à Lyon, à Clermont-Ferrand, à Reims, à Paris, après 18 années passées dans le sud de la France.

Avec plus ou moins de bienveillance.

La première fois où j’ai perçu mon accent comme un “frein” potentiel à ma réussite, c’est en classe préparatoire littéraire (hypokhâgne) en 2008.

J’étais la seule à parler avec l’accent chantant du sud et l'un de mes professeurs me faisait clairement senti que j'étais différente.

Je me sentais bête dans son cours. J’avais l’impression d’appartenir à une autre classe, de n’être qu’une campagnarde en opposition aux élèves sortis des grands lycées lyonnais.

Avant de rejoindre la Chaîne Marseille en 2010 pour mon stage de journalisme, je n’ai pas questionné mon accent. Après tout, j'allais travailler pour une chaîne locale, à Marseille.

Si je n’ai jamais eu à le masquer en plateau, je devais pourtant le gommer lorsque je posais ma voix pour commenter un sujet.

En 2012, j’intégrais la Ligue Nationale de Rugby.

A l’époque, 23 des 30 clubs pro de TOP 14 et PRO D2 se situaient au sud d'une ligne Clermont/Lyon. Soit 77% des championnats.

Aux yeux de la jeune femme de 22 ans que j'étais, qui souhaitait faire partie de ce milieu très masculin et très ancré au sud, mon accent était l’atout ultime pour crédibiliser ma présence.

En entretien, j’étais fière de dire que je venais du "milieu" (née à Béziers, club 11 fois champion de France)  (aujourd'hui, je préfère dire que je viens de Montpellier).

En poste, j’interviewais des joueurs, des entraineurs, des arbitres. Je travaillais en direct avec les salariés des clubs.

C’est triste en y repensant, mais je me disais “Ils entendent mon accent alors ils me trouvent plus légitime.”

Puis j'ai basculé dans le milieu parisien de la culture, et mon accent a été de nouveau source de complexes.

Grégory Miras, coordinateur du projet Prosophon :

“On voit bien qu’en fonction des situations et des contextes, nos accents ne sont pas perçus de la même manière et n’ont pas la même implication sociale. C’est donc quelque chose de construit socialement et cognitivement, plutôt qu’une réalité tangible qui aurait toujours la même valeur.”

Je vous invite vivement à lire l’article de Nora Bouazzouni pour le CNRS, “L’accent, cette autre discrimination”, qui a inspiré ce post.

Grégory Miras y est interrogé pour évoquer le projet Prosophon, une exploration de la discrimination linguistique liée aux accents, notamment étrangers.

Je termine par un dernier extrait :

“Un français « neutre », non, ça n’existe pas. Historiquement, en revanche, la « norme » a toujours été définie par les groupes dominants, de la cour de France aux médias contemporains.”

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