16808753_10209275835552740_567288476_n

David Lynch : The Art Life

Synopsis : Le film documentaire David Lynch : The Art Life est un portrait inédit de l’un des cinéastes les plus énigmatiques de sa génération. De son enfance idyllique dans une petite ville d’Amérique aux rues sombres de Philadelphie, David Lynch nous entraîne dans un voyage intime rythmé par le récit hypnotique qu’il fait de ses jeunes années. En associant les œuvres plastiques et musicales de l’artiste à ses expériences marquantes, le film lève le voile sur les zones inexplorées d’un univers de création totale.

Le rideau de fumée derrière lequel se cache David Lynch est bien épais. Nombreux sont ceux qui ont voulu y pénétrer et dévoiler ce qu’ils pouvaient apercevoir de l’autre côté. En 1989, le documentariste Guy Girard réalise pour la série Cinéastes de notre de temps un entretien d’une heure sur le cinéaste. Dans cette longue conversation filmée intitulée Don’t Look at Me, David Lynch ne sera pas d’humeur à se confier et il en sera ainsi dans les nombreux autres portraits qui lui seront consacrés, jusqu’à l’annonce de ce nouveau documentaire réalisé par Jon Nguyen, Rick Barnes et Olivia Neergaard-Holm.

Dévoilé dans la sélection « Venice Classics » de la 73ème édition de la Mostra de Venise, David Lynch : The Art Life se présentait comme un témoignage totalement inédit du réalisateur le plus mystérieux de notre temps. À quelques mois de son grand retour au médium audiovisuel avec la troisième saison tant attendue de Twin Peaks, 26 ans après l’arrêt de série, ce documentaire faisait office de véritable amuse-bouche pour les admirateurs du cinéaste.

Avec ce film, Jon Nguyen n’en est pas à son coup d’essai. En 2007, ce dernier avait déjà produit un documentaire, sobrement nommé Lynch, qui tentait d’en savoir plus sur l’artiste. Comme à son habitude, devant le déferlement de questions sur son œuvre et sur sa personne, David Lynch s’est renfermé sans se livrer. À l’époque Jason S., directeur de la photographie sur David Lynch : The Art Life, recommande au jeune producteur d’attendre quelques années avant de retenter l’expérience. Cet ami du cinéaste lui assure que David Lynch, approchant des soixante-dix ans et récemment père d’une petite fille, sera très certainement plus enclin à partager certaines de ses histoires. Et il avait raison. Pendant trois ans, au bon vouloir du réalisateur, l’équipe de tournage va enregistrer près de vingt-cinq entretiens et le filmer au plus près dans sa propriété située dans les collines de Hollywood Hills.

Mais au bout de cette longue attente, on peut regretter que le documentaire de Jon Nguyen sonne creux. Il n’y a d’ailleurs rien de nouveau sous le soleil de Californie. David Lynch se révèle être l’artiste que l’on connaît ou que l’on pense déjà connaître. Toujours aussi peu bavard, le regard fuyant, fumant cigarette sur cigarette et travaillant jour et nuit sur ses peintures dans un silence de cathédrale.

Avec l’appui des entretiens effectués et d’images d’archives, le film s’attarde sur l’enfance du réalisateur et sur sa découverte progressive des arts jusqu’à sa rencontre avec le cinéma et la réalisation chaotique mais non moins enrichissante de Eraserhead. La peinture fut tout au long de sa carrière son mode d’expression fétiche. Cet art représentant le plus symboliquement les affres de sa psyché et ses démons de jeunesse en faisait le fil conducteur parfait pour examiner l’homme derrière le peintre, le cinéaste, le musicien, le plasticien. Les réalisateurs exploitent cette affection particulière pour l’art pictural dans l’intention d’effectuer un pont entre son passé et son présent. S’il paraît judicieux de filmer longuement l’artiste au travail afin de mieux pénétrer dans ses pensées, l’omniprésence de ces scènes d’expérimentation devant des tableaux donne l’étrange sentiment que les réalisateurs, faute de mieux, ont collé des fragments d’enregistrements sonores des entretiens sur des images qui ont pour seul but d’accomplir un remplissage visuel. La fin très abrupte ne fait que conforter cette intuition. De plus, la linéarité du récit et la redondance de sa forme rendent le film monotone et fortement répétitif. Pendant quatre vingt-dix minutes, le spectateur peut alors s’étonner de voir pratiquement les mêmes scènes s’enchaîner, où les images d’archives répondent aux prises de vues dans l’atelier de David Lynch dans un éternel recommencement.

Jon Nguyen et ses comparses font ici preuve de beaucoup de trop complaisance envers le cinéaste. Se sentant sûrement privilégiés d’être invités dans son sanctuaire et de pénétrer dans ses souvenirs, les réalisateurs laissent David Lynch mener le documentaire comme il l’entend et l’installent ainsi dans sa zone de confort. Ce dernier a véritablement envahi le processus de création du documentaire en ne montrant que ce qu’il voulait bien montrer de son quotidien, allant même jusqu’à choisir le titre du film. Cette volonté de garder une mainmise sur son image est plus que salutaire et se doit d’être respectée, mais elle rend le travail des trois réalisateurs hautement contreproductif.

David Lynch : The Art Life avait le potentiel pour être un de ces magnifiques documentaires contemplatifs qui ouvrent les portes de la pensée d’un artiste. Cependant, son académisme, qui ne correspond en aucun cas au personnage filmé, et son manque apparent de matière le rendent malheureusement anecdotique. Il réussit à glaner quelques éléments importants, notamment à capter l’univers de travail de David Lynch et sa façon si particulière de vivre son art de l’expérimentation, mais échoue quand il s’agit de dévoiler son vrai visage et de dénicher de véritables aveux. Seule sa persona, cette image qu’il s’est construit au fil du temps, transparait à l’écran : celle d’un artiste pur, discret, décidemment et résolument insaisissable.

Sorti en salles le 15 février

Avec : David Lynch, Lula Boginia Lynch…

Production : Jon Nguyen, Jason S., Sabrina Sutherland

Photographie : Jason S.

Montage : Olivia Neergaard-Holm

Musique Jonatan Bengta, David Lynch

Distribution : Potemkine Films

Durée : 1h30

Bande annonce : https://player.vimeo.com/video/195307302

image

migos t shirt

Pourquoi est-ce si important que Migos ait appelé son album CULTURE ?

Le 27 janvier 2017 sortait C U L T U R E, le deuxième album du trio d’Atlanta Migos. Annoncé comme la première grosse sortie rap de l’année, le disque pouvait compter depuis plusieurs semaines sur le succès immense de ses principaux singles : le très bon « T-Shirt » – et son clip façon The Revenant – et surtout « Bad and Boujee » avec Lil Uzi Vert, devenu une mine inépuisable de memes sur le net. Sans compter le petit coup de pouce de Donald Glover lors de son discours aux Golden Globes pour sa série Atlanta, qui qualifiait le morceau de « best song ever » (meilleur chanson jamais faite) et de la « meilleure chanson pour faire l’amour », avant d’ajouter que Migos étaient les Beatles de cette génération. Rien que ça.

Un discours qui a aidé à propulser encore plus haut le single dans la stratosphère pour atteindre plus de 100 millions de vues sur Youtube et surtout atteindre la première place du Billboard Hot 100 (le top des 100 meilleures chansons de la semaine aux USA) devant les Chainsmokers, The Weeknd, Ed Sheeran et même Drake. Prenant la place d’un autre tube hip-hop devenu viral il y a plusieurs mois de cela : « Black Beatles » de Rae Sremmurd, la bande son du phénomène web Mannequin Challenge. Mais à sa sortie, C U L T U R E n’était pas qu’une grosse production aux tubes imparables, il représentait bien plus que cela et était porteur d’une symbolique importante pour toute une région du rap américain. Car l’aventure de Migos c’est avant tout l’histoire d’une reconnaissance d’un certain style de rap et surtout de toute une scène du Sud des États-Unis.

« Le Sud a quelque chose à dire ! ». Ces mots prononcés par un jeune Andre 3000 lors de la cérémonie des Source Awards en 1995 résonne encore aujourd’hui comme un témoin du chemin parcouru par les rappeurs sudistes depuis maintenant une vingtaine d’années. Car si aujourd’hui il paraît évident de définir Atlanta comme la nouvelle Mecque du rap mondial, cela n’a pas toujours été le cas. Et si Andre 3000 pousse ce fameux coup de gueule devant les sifflets d’un public sur les nerfs, c’est bien parce qu’à la moitié des ’90s, le regard du grand public se porte toujours sur la rivalité entre les Côtes Est et Ouest.

Une rivalité symbolisée par le duel entre le label Bad Boys de Puff Daddy à New-York, emmené entre autre par The Notorious B.I.G., et Death Row Records de Suge Knight à Los Angeles, avec le chien fou 2Pac, et aussi Dr. Dre ou encore Snoop Doggy Dogg. D’ailleurs cette cérémonie des Source Awards de 1995 est aussi connue pour les clashs entre les différents hommes, avec notamment ce discours célèbre de Suge Knight : « « Si vous ne voulez pas que votre manager soit sur vos albums ou dans vos clips, venez chez Death Row ». Une critique face à l’omniprésence de son homologue New-Yorkais dans les projets de ses artistes. Spectacle ou véritable rivalité, ce désamour entre les deux patrons de label et entre leurs protégés ne servira qu’à renforcer l’idée d’une guerre entre les deux côtes dans l’idée populaire, faisant les choux gras des médias. Peu importe la véracité de cette histoire, cette provocation laissera des traces et entraînera des tensions électriques lors de la suite de la cérémonie, entraînant son annulation pendant quatre ans. Et si le discours d’Andre 3000 était si important, ce n’est pas parce que le Sud n’avait rien à offrir, bien au contraire, mais bien parce que ses deux grandes sœurs ont tout fait pour attirer l’attention, à son grand dam.

Si New-York a toujours été sous les feux des projecteurs de part son statut de premier vivier d’artistes rap depuis le début des années ’80, Los Angeles et ses quartiers comme Compton ou Long Beach ont emboîté le pas pour devenir les épicentres du mouvement entier. Avec les artistes déjà bien établis de la ville qui ne dort jamais et les gros bras de la Californie, cette effervescence ne laissait que peu de miettes aux autres scènes d’un pays aussi vaste que les Etats-Unis. Capitale de l’Etat de Georgie, Atlanta mérite pourtant que l’on s’intéresse à elle, ainsi que d’autres de ses voisines comme Memphis dans le Tennessee ou Port Arthur au Texas, qui comptent déjà en cette moitié des ’90s, une scène qui mérite le coup d’oeil, avec ses propres codes, influences et sonorités.

Un artiste comme Master P, producteur, patron de label et rappeur originaire de la Nouvelle-Orléans en Louisiane, est l’exemple type du personnage qui a su sortir du lot avec de nombreux albums et productions au succès insolent dans un laps de temps plutôt court. Tandis qu’un duo comme UGK est déjà implanté dans la scène locale depuis 1987, et à l’aube 1996, compte déjà presque dix ans de carrière. Alors que des groupes comme 8Ball & MJG ou encore Goodie Mob -groupe de Cee-Lo Green- entament leur carrière en ce début de décennie. En plus d’avoir une scène locale en plein développement avec ses caractéristiques propres, et ses quelques villes importantes, le rap sudiste peut déjà compter sur des figures charismatiques et talentueuses qui le représente fièrement. Pimp C et Bun B du fameux duo UGK, mais également leurs homologues de Houston au Texas, Bushwick Bill et Scarface des Geto Boys. Autre groupe d’expérience de ce rap sudiste, le trio texan est déjà dans le circuit depuis 1988 avec son premier album Making Trouble, et n’a cessé d’enchaîner les albums de qualité comme Crip! On That Other Level (1990) et We Can’t Be Stopped (1991). Scarface se permet même de faire des infidélités au groupe avec ses albums solos, salués à l’époque et encore aujourd’hui par la critique; Mr Scarface Is Back (1991) ou The Diary (1994).

Au fil des années le rap sudiste n’a donc jamais cessé de grossir jusqu’à assouvir sa domination définitivement au cours des années 2000 avec la popularisation du Dirty South, du crunk, des superstars telles que Lil Wayne, T.I., Ludacris, Young Jeezey, Rick Ross et bien sûr Big Boi et Andre 3000 d’Outkast, devenu entre temps un groupe adulé de tous. A partir de cette époque, le rap mondial allait devoir se mettre à l’heure du Sud, avec Atlanta comme centre névralgique.

Les années 2010 marqueront un nouvel élan dans l’émancipation des artistes sudistes au grand public, et verront arriver une nouvelle génération biberonnée aux raps du parrain Gucci Mane, et consciente de la force de frappe d’Internet et des réseaux sociaux dans le lancement de leur carrière. (ce qu’un certain Soulja Boy avait compris avant tout le monde). Il suffit de voir le succès de 21 Savage, Lil Uzi Vert, ou encore Lil Yachty aujourd’hui. Migos également a su tirer partie de cette ébullition provoquée par la toile pour accroître leur popularité : leurs singles de 2013, « Versace » et « Hannah Montana » sont les parfaits exemples des morceaux accrocheurs devenus assez viraux pour dépasser la sphère strictement rap d’Atlanta. Ces jeunes artistes ont aussi tous compris que l’indépendance était une option désormais envisageable, voire recommandée, pour mener à bien sa carrière. Sans oublier la déconstruction du modèle général de vente, de production et d’écoute des différents projets ; gratuité, sorties de mixtapes sans arrêts, clips en pagailles, partage sur les réseaux sociaux… Le rap est bouillant, omniprésent, et n’a sans doute jamais été si diversifié, au niveau des sonorités comme du public.

Et c’est bien cet attrait de plus en plus grandissant pour tout ce nouveau pan du rap sudiste qui fait de C U L T U R E un album important. A eux trois, Takeoff, Quavo et Offset occupent aujourd’hui 7 places dans le Billboard Hot 100, tous tirés de ce deuxième album. Soit plus de la moitié de la tracklist. Voire 7 ½ si on compte le featuring de Quavo sur « Congratulations » de Post Malone. Et « Bad and Boujee » ne cesse de jouer au yoyo avec « Shape of You » d’Ed Sheeran pour la première place du classement, alors qu’il est sorti depuis octobre 2016. Et si « T-Shirt » a à présent dépassé la vingtième position, les autres morceaux classés ne sont même pas des singles. Encore mieux, le single « Slippery » est en featuring avec Gucci Mane, habituellement rattaché à la scène underground, malgré le fait qu’il soit le géniteur de toute cette nouvelle génération, et l’un des artistes les plus influents de ces dernières années. Le voir ainsi apparaître dans ce classement est donc aussi la preuve d’un changement.

Certes, le succès de morceaux rap dans les charts n’est pas nouveau, et cela fait des décennies que des artistes cartonnent chaque année avec des tubes aujourd’hui devenus cultes. Il suffit de regarder le succès de Nelly, qui a vendu plus de 8 millions d’exemplaires de son premier album Country Grammar en 2009. Mais Nelly – on peux aussi citer T.I., Ludacris, Lil Wayne… – représente l’ancienne génération. Le succès de Migos est la preuve de la réussite de toute cette nouvelle génération de rappeurs et de tout ce que cela représente en terme de techniques, de flows, d’écriture, de production, d’image, et d’appartenance à une zone particulière.

Car Migos représentent à eux-seuls une image nouvelle du hip-hop. Et si ils l’incarnent encore aujourd’hui, c’est d’abord parce qu’ils ont su progresser et évoluer, mais aussi parce que leur style est palpable chez bon nombre d’autres rappeurs d’aujourd’hui. Tous ces gimmicks, cette utilisation du vocoder, ce groove, bref, tous ce qui fait le sel du trio, n’a cessé d’être repris et modifié par la suite. Exactement de la même manière qu’un Chief Keef a inspiré une multitude de jeunes artistes contemporains, parfois même plus vieux que lui.

Migos possèdent une approche finalement populaire et « facile d’accès » du rap, malgré ce que leur image ou leurs textes peuvent renvoyer. Leur écriture, leur flow, la manière dont ils découpent les mots, ou qu’ils jouent avec les sonorités de la prod, tout cela participe à créer une nouvelle alchimie entre le rappeur, la prod, et le public. Si le refrain de « Bad and Boujee » de Offset est si populaire – et une des raisons de sa transformation en memes – c’est qu’il est facile à retenir et est très accrocheur. C’était aussi le cas pour « Versace » ou « Hannah Montana » cités précédemment. Sans non plus réduire leur style à de la facilité – ce qui serait caricaturer leur personnalité -, Migos possèdent des atouts qui rendent leur musique furieusement attractive pour un public assez large, tout en représentant en même temps des innovations qui influenceront la concurrence plus tard.

Et surtout le trio montre bien que ce rap des années 2010 a bien toute sa place à la plus haute place des charts, jusqu’à s’inscrire dans l’Histoire du genre et dans la pop culture. A part égale avec les stars de la pop, ou d’autres stars du rap comme Drake, qui est dans un style complètement différent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si C U L T U R E a atteint la première place du Billboard 200 la semaine dernière. L’influence du hp-hop n’a jamais fléchi depuis des décennies, et le succès de Migos prouve bien que toute cette génération – sans oublier les pontes Young Thug ou Future par exemple – n’a pas cessé d’inspiré la musique actuelle. Ce n’est pas Beyoncé qui dira le contraire, elle qui a dit s’être inspirée de Rae Sremmurd pour son dernier album Lemonade, ou encore son mari qui préparerait un album avec l’aide d’un certain Zaytoven, l’un des producteurs préférés de Migos et une figure très importante de la scène rap du Sud. Ou peut même encore citer le featuring de Young Thug avec Jamie xx en 2015 sur son album In Colour.

Ce choix de titre d’album reflète alors l’intention de la part de Migos de réellement s’inscrire dans une démarche de reconnaissance de leur style, mais à la fois de leur génération et de leur influence. Plus de dix ans après le discours de Andre 3000, le Sud a définitivement quelque chose à dire, et il n’a plus peur de le dire haut et fort.

Nathan Roux

les-conseils-bd-copy

Les conseils BD #8

Shi
Le cadavre d’un nourrisson japonais est retrouvé enterré dans un jardin du Golden Palace lors de l’exposition universelle. Un scandale duquel la mère de l’enfant et une noble anglaise vont tenter de se venger. Un siècle et demi plus tard, une mine anti-personnel va faire des ravages au domicile d’un fabricant d’armes et un lien serait supposé exister entre ces deux événements.
Dérangeant, splendide et fascinant, cette nouvelle série vous traînera dans les ruelles sales d’une Londres Victorienne corrompue.

 

 

Idéal Standard
Par un récit tout en légèreté, Aude Picault nous démontre ici qu’il ne sert à rien de se forcer à entrer à tout prix dans une petite case, que la vie ne se résume pas à un couple, une maison, des enfants et un pavillon de campagne avec piscine. Pour se faire, elle nous fait suivre le quotidien de Claire, infirmière trentenaire en néonatalogie, qui souffre d’enchaîner les aventures sans trouver le grand amour. Une BD feel good qui nous aide à prendre du recul sur nos réelles attentes, à lire et à offrir sans modération.

 

 

 

Couverture de Hilda (Luke Pearson) -5- Hilda et la forêt de pierresHilda et la forêt de pierres
Pour ce numéro, Luke Pearson a décidé de nous proposer le début d’une histoire en deux tomes. C’est l’occasion idéale de développer un peu plus l’intrigue et l’ambiance de l’album. Pendant cette petite escapade, Hilda va croiser le chemin de trolls menaçants, et elle ne sera pas la seule à être en danger. Toujours aussi beau et plein de rebondissements, on attend avec impatience la suite de cette nouvelle aventure !

 

 

 

 

Afficher l'image d'origineJolly Jumper ne répond plus
Comme l’avait précédemment fait Matthieu Bonhomme avec son fantastique Homme qui tua Lucky Luke (prix du public 2017 à Angoulême), Bouzard reprend les aventures du cowboy le temps d’un album. Jolly Jumper ne répond plus (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler Jolly Jumper fait la gueule), rassemble toutes les vannes qu’on a toujours voulu faire sur l’univers de Lucky Luke. Une excellente BD que je vous met au défi de lire sans éclater de rire.

 

 

 

Comme promis, un joli petit lot de nouveautés où chacun pourra s’y retrouver. Comptez sur moi pour vous garder au chaud les perles du mois de février qui s’annonce également riche en belles histoires 😉

presentation-angel

9th1_custom-c31ecab5fea66ac005d0b431b89c09d1e60bfb15-s900-c85

Harvard immortalise 4 albums de rap dans les archives de sa librairie

A Tribe Called Quest, Nas, Lauryn Hill et Kendrick Lamar voient chacun l’une de leurs oeuvres être exposée dans la prestigieuse université américaine.

jjjj

La semaine dernière le trio Migos sortait CULTURE, un deuxième album au titre évocateur et symbole de la légitimité du groupe d’Atlanta et de tous leurs camarades rappeurs du Sud des États-Unis au sein de la culture hip-hop. Avec plusieurs morceaux dans le Billboard 100, dont le célèbre « Bad and Boujee » avec Lil Uzi Vert à la première place, et un style maintes fois repris par d’autres rappeurs, l’importance de Migos pour le hip-hop des années 2010 est indéniable, aux côtés d’artistes comme Gucci Mane ou Chief Keef, si on remonte jusque Chicago. Le groupe qui s’est fait connaître en 2013 avec le single « Versace« , fait alors partie de ces artistes de renoms dont il faudra se souvenir à l’avenir. Peut-être même seront-ils, à leur tour, immortalisés à Harvard, comme viennent de l’être A Tribe Called Quest, Nas, Lauryn Hill et Kendrick Lamar.

Sous la coupe de 9th Wonder, The Low End Theory (1991, A Tribe Called Quest), Illmatic (1994, Nas), The Miseducation of Lauryn Hill (1998, Lauryn Hill) et To Pimp a Butterfly (2015, Kendrick Lamar) viennent d’être sélectionnés pour être immortalisés dans les archives de la librairie de l’université de Cambridge. Cela s’inscrit dans la démarche du projet du producteur appelé « These Are the Breaks« , en référence au morceau « The Breaks » de 1980 de Kurtis Blow, le premier single rap à être certifié Gold. These Are the Breaks vise à sélectionner les albums qui ont marqué l’histoire du rap depuis ses débuts pour encore plus marquer l’importance de cette musique dans le patrimoine culturel. Ces quatre premiers albums seront donc exposés dans la librairie dans leur format vinyle d’origine avec les notes explicatives de la pochette.

the-subject

Un nouveau pas de franchi par le hip-hop dans sa course à la légitimation, même si Harvard s’est ouverte il y a déjà quelques années à cette musique à travers plusieurs initiatives intéressantes. D’ailleurs 9th Wonder travaille depuis 2012 au sein de l’Université pour y donner des cours sur le hip-hop, après le tournage du documentaire de Kenneth Price The Hip Hop Fellow, qui suivait le producteur enseigner sa passion devant des élèves d’Harvard. Ou bien lorsqu’en 2012, une bourse fut créée en hommage au rappeur Nas pour les élèves montrant des grandes facultés scolaires et d’intérêts pour le hip-hop. Ou encore lorsque le Français Booba était venu pour y tenir une conférence.

A présent, quelques mots sur les quatre albums sélectionnés avec soin par 9th Wonder:

A TRIBE CALLED QUEST – THE LOW END THEORY (1991)

R-87291-1321905573.jpeg

Avec la sortie de leur premier album People’s Instinctive Travels and the Paths of Rhythm 1990, le quatuor A Tribe Called Quest, originaire du Queens, devenait instantanément l’un des groupes de rap les plus cool et inventifs de leur génération. Des cris de bébés, des croassements, des samples empruntés au jazz et à Loud Reed, un morceau en hommage à Lucien Papalu (l’un des tous premiers rappeurs Français), la Marseillaise, des rimes à la fois drôles et intelligentes, bref, un premier album bariolé et bourré d’inventivité. Sur leur deuxième disque, ATCQ vont changer la donne et The Low End Theory, sera toujours jazzy mais simplifié au maximum dans la forme. Cela n’enlève rien à sa qualité, au contraire; les flows et les voix géniaux de Q-Tip et Phife Dawg se répondant avec toujours autant de malice et les productions n’ayant jamais été aussi bien produites. Les caisses claires claquent les tympans, le jazz épouse le hip-hop et ATCQ nous fait rire autant qu’il nous livre un message. The Low End Theory est parfait du début à la fin, d’une sobriété et d’une exigence sans pareil, une véritable démonstration. Le tout en restant le groupe le plus cool de la Terre.

NAS – ILLMATIC (1994)

ill

Souvent considéré comme le « meilleur album rap de tous les temps », Illmatic ne semble pas vouloir céder sa place avec les années. Toujours aussi agréable à l’oreille sans une once de vieillesse, le premier album du rappeur du Queens continue d’afficher fièrement son line up impressionnant. Car certes Nas est seul à la manœuvre pendant les 40 minutes de ce disque (mis à part avec AZ sur « Life is a Bitch »), mais ce qui frappe sur Illmatic est bien les noms dans les crédits et qui participent à la beauté de ce projet. A la production on retrouve alors Q-Tip (d’ATCQ tiens donc!), DJ Premier, Large Professor, ou encore Pete Rock, tous des pontes du milieu. Une véritable dream team qui permet à Illmatic d’être un pur produit de son époque et de sa localité, c’est à dire du boom-bap New-Yorkais des années 90. Mais Nas n’est pas en reste, loin de là et délivre une pure leçon de flow et d’écriture à toute la concurrence qui est sûrement repartie bûcher ses lyrics jour et nuit après avoir entendu un gamin de tout juste 19 ans leur mettre la pâtée. Illmatic restera à jamais un cas d’école inoxydable.

THE MISEDUCATION OF LAURYN HILL – LAURYN HILL (1998)

XnZLPYD

En 1996 sortait The Score, le deuxième album des Fugees, qui allait se vendre à plusieurs millions d’exemplaires. Un succès pas démérité mais largement dû à la technique incroyable de la voix féminine du groupe: Lauryn Hill. En plus d’être l’auteure de paroles devenues célèbres (« I’ll be Nina Simone defecating on your microphone » sur « Ready Or Not »), Lauryn Hill sait chanter et rapper avec une facilité déconcertante, à tel point qu’elle vole le show à ses deu camarades. Deux ans plus tard elle sort son premier et unique album solo, et prouve une nouvelle fois son talent incroyable d’interprète. Forme hybride entre soul, R’n’B et rap, The Miseducation… est le chef d’oeuvre de son auteure, un one-shot incroyable aux paroles marquantes: à la fois féministe, amante, amoureuse, décontenancé, triste, forte, Lauryn Hill exprime ses joies et ses craintes avec une profondeur et une sincérité touchantes. L’album est parcouru d’interludes où l’on entend un professeur parler avec une classe du thème de l’amour. Un sujet rarement aussi bien décrit sous toutes ses formes qu’avec cet album.

KENDRICK LAMAR – TO PIMP A BUTTERFLY (2015)

kendrick-lamar-to-pimp-my-butterfly-cover

Impossible de passer à côté du dernier album de Kendrick Lamar lorsque celui-ci sort en 2015. Alors que beaucoup de monde s’attend à une suite à son génial good kid maad city sorti en 2012, Kendrick prend tout le monde de court et sort un album aux frontières entre le jazz et le rap. To Pimp a Butterfly décontenance, ravie, divise le public tandis que la critique salue unanimement l’album pour sa qualité de production, et surtout du message délivré par Kendrick tout du long des pistes. Car TPAB est critique, acerbe, et violent envers le racisme et notamment le destin réservé aux noirs aux USA. L’album entier est parcouru d’un verbe acéré contre les injustices faites aux personnes de couleur, ce qui, à l’époque, retentissait énormément au niveau politique, et encore plus aujourd’hui. Mais aussi TPAB est un disque prenant, long (1h19) et intéressant à décortiquer, car rempli de détails et d’invités derrière les machines qui apportent à ce disque un statut de classique alors qu’il va seulement souffler sa deuxième bougie cette année.

 

Quatre albums à découvrir d’urgence et qui représentent chacun un pan de l’histoire du hip-hop de par leur message, leur production, la technique de leur auteur et leur époque. Selon 9th Wonder, le nombre d’albums immortalisés à Harvard s’élèvera à 200. Le choix de To Pimp a Butterfly est une bonne nouvelle quant aux albums sortis dernièrement et la preuve que le choix ne se portera pas uniquement sur des albums sortis dans les années 90, souvent considéré comme étant l’un des âges d’or du style. On peut d’ores et déjà prendre les paris sur la présence, ou non, de Migos cela dit.

 

Nathan Roux